En buvant, les hommes s’améliorent :
ils font de bonnes affaires, gagnent leurs procès, sont heureux et soutiennent leurs amis.
(Aristophane, 450-388 av. J.-C.)
L’écoulement cyclique du temps et son reflet dans la course des étoiles, dans les rituels religieux et dans le temps des hommes, qui a beaucoup en commun avec ces derniers. La cathédrale de Lucques aussi, comme d’autres d’époque lombarde, s’enorgueillit de cette représentation dédiée au temps. Sur la façade ancienne, sous l’atrium de la cathédrale, parmi les nombreuses histoires et personnages, un autre atrium, en bas-relief, accueille le récit de la vie dans les campagnes. Entre un arc et l’autre, les signes du zodiaque rappellent la position des astres dans le ciel.
Les représentations des mois diffèrent parfois pour ce qui concerne certains mois de « mi-saison » (celles qui n’existent plus…), les mois de transition, mais elles s’accordent et ne transigent pas pour certains mois stratégiques de l’année : ceux où l’on prépare le vin.
Introduit par les Grecs et, jusque chez nous, par les Étrusques, et jamais plus abandonné. Le vin est la constante, au fil des siècles, de toutes les tables de la Méditerranée, et celle de Lucques n’est pas en reste.
Dans le Lucquois, on en a toujours beaucoup produit, et le vignoble et l’oliveraie sont une constante du paysage agricole des campagnes et des collines. Au début, il n’était pas toujours de grande qualité, même s’il était néanmoins considéré comme un utile complément d’une alimentation sobre. Les Médicis, cependant, l’appréciaient, en particulier celui de la colline de Montecarlo, et faisaient en sorte d’en avoir toujours pour leurs tables. Dans les années 1960, le vin DOC Colline Lucchesi fut parmi les premiers à obtenir la reconnaissance de l’Appellation d’Origine Contrôlée, et ces dernières années les prix décernés à de jeunes vignerons et à des étiquettes de vins locaux ne manquent pas dans les plus importantes manifestations et guides dédiés au vin.
Sur la cathédrale de Lucques, dédiée à saint Martin (un hasard ?), ce sont trois mois durant lesquels le travail qui identifie le mois, le travail caractéristique, tourne autour du vin.
À la fin de l’hiver, mars est aux prises avec la taille des vignes, qui grimpent, comme il était d’usage à l’époque, sur les troncs des arbres. Des rangées de mûriers, de peupliers ou d’autres arbres « mariés » à des festons de vigne s’entrevoient encore parfois dans les campagnes, témoignant d’un usage agricole très répandu avant l’implantation des rangées régulières auxquelles nous sommes habitués. La taille se fait avec le « pennato » (serpe), comme il est d’usage dans ces zones.
Septembre, enfin, l’un des travaux des champs les plus aimés : les vendanges.
Les lumières qui se font plus douces, les ombres plus longues et les ciels qui se teintent de couchers de soleil embrasés. Les feuilles qui commencent à changer de couleur et se préparent à la fête des couleurs de l’automne dans les campagnes.
Septembre est représenté par un paysan qui foule le raisin avec ses pieds. Dans certaines fermes du Lucquois, le pressurage doux, effectué délicatement pour éviter le passage des substances phénoliques de la peau à la pulpe, se pratique encore et est la garantie de vins parfumés qui conservent pleinement les arômes de la fin de l’été.
En octobre, notre vigneron porte sur l’épaule un petit tonneau de moût d’où sort un jet généreux qui, à l’aide d’un grand entonnoir, remplit un tonneau de la taille d’une barrique d’aujourd’hui.
Et en novembre, enfin, le jour même où l’on célèbre saint Martin et où « tout moût devient vin », aubergistes et marchands de vin pouvaient enfin ouvrir les tonneaux et goûter le vin nouveau.
Nous en profitons nous aussi pour le déguster avec des recettes de saison ou lors des nombreuses fêtes qui se tiennent dans les villages et les campagnes pour accompagner châtaignes grillées et champignons.
